En Belgique, environ 200 000 personnes vivent avec la maladie d'Alzheimer, et 70% d'entre elles restent chez elles grâce à un accompagnement adapté. Face à cette réalité, les familles s'interrogent légitimement : jusqu'à quand le maintien à domicile avec Alzheimer reste-t-il sécuritaire et bénéfique ? La réponse objective, sans jugement ni culpabilité : le maintien à domicile est généralement possible jusqu'au stade 5 de la maladie, correspondant à une démence modérée, à condition de mettre en place un accompagnement professionnel structuré. Forte de son expérience en psychiatrie et en soins à domicile, l'infirmière Emmanuelle Turri à Vitrival accompagne quotidiennement des familles confrontées à ces questionnements délicats.
L'échelle de détérioration globale de Reisberg, créée en 1982, définit 7 stades d'évolution de la maladie d'Alzheimer. Comprendre ces stades permet aux familles d'anticiper sereinement l'évolution et d'identifier le moment où la transition pourrait devenir nécessaire. Après un diagnostic d'Alzheimer, l'espérance de vie varie en moyenne de 8 à 12 ans, mais peut atteindre 15 à 20 ans lorsque la maladie est détectée tôt et que la prise en charge est active.
Durant cette période pré-démence, les symptômes restent très légers voire inexistants. La personne conserve une autonomie totale et continue ses activités habituelles sans difficulté particulière. Ces premiers stades peuvent s'étendre sur plusieurs années, variant considérablement d'une personne à l'autre selon les facteurs génétiques et environnementaux.
La démence précoce se caractérise par des difficultés croissantes dans les activités complexes. Madame Martin, 78 ans, ne parvient plus à gérer ses comptes bancaires et oublie régulièrement ses rendez-vous médicaux. Son fils remarque qu'elle se replie sur elle-même lors des réunions familiales.
À ce stade, qui dure généralement 2 à 4 ans selon les experts belges (avec une évolution potentiellement plus rapide chez les patients diagnostiqués avant 65 ans), l'introduction d'une infirmière à domicile devient essentielle. L'administration des médicaments, l'aide aux courses et la préparation des repas permettent de maintenir la personne en sécurité chez elle. Les activités stimulantes comme les jeux cognitifs, les conversations structurées ou les promenades accompagnées préviennent efficacement l'isolement et ralentissent la progression de la maladie.
À noter : C'est à partir de ce stade que le syndrome crépusculaire peut apparaître, provoquant des périodes de grande confusion notamment au coucher du soleil. La luminosité influence directement le caractère et le comportement du patient. Maintenir un éclairage adéquat en soirée et établir une routine apaisante au moment du coucher aide considérablement à gérer ces épisodes délicats.
La démence modérée marque un tournant décisif. La personne ne peut plus survivre sans assistance permanente. Elle ne retrouve plus son adresse, confond ses petits-enfants avec ses propres enfants, et présente une désorientation temporelle importante. Environ 30% des patients à ce stade développent des symptômes délirants, notamment des délires de changements d'identité, tandis que l'anosognosie (perte de conscience de leur maladie et des limitations qu'elle entraîne) rend le maintien à domicile particulièrement complexe.
Paradoxalement, ce stade représente le moment optimal pour envisager une transition si elle devient nécessaire. Les professionnels observent qu'une personne admise en établissement spécialisé au stade 5 s'adapte significativement mieux à son nouvel environnement qu'au stade 6, où les troubles comportementaux compliquent l'intégration.
Au stade 6, la démence sévère impose une assistance 24h/24, 7j/7 pour toutes les activités : habillage, toilette, alimentation. Les troubles du comportement deviennent fréquents. Monsieur Dupont, 82 ans, présente des épisodes d'agitation nocturne, tente régulièrement de sortir en pyjama à 3h du matin, et accuse sa femme de vol lorsqu'il ne retrouve pas ses affaires.
Le stade 7, phase terminale durant 1 à 3 ans, se caractérise par une perte totale des capacités verbales et physiques. Le maintien à domicile reste techniquement possible avec un accompagnement professionnel intensif et des aidants très disponibles, mais représente un défi considérable pour les familles.
La sécurisation du domicile constitue la première étape essentielle. Dans la salle de bain, l'installation de barres d'appui, de tapis antidérapants et d'un siège de douche prévient les chutes. Un revêtement souple en mousse autour de la baignoire amortit les impacts potentiels.
Face au risque de fugue, qui concerne 5 à 10% des patients chaque année (sachant que 50% des malades non retrouvés dans les 24 heures risquent de graves blessures ou le décès), plusieurs dispositifs existent. Les alarmes de porte et détecteurs d'ouverture alertent immédiatement les proches. Les bracelets GPS avec géolocalisation permettent de retrouver rapidement une personne égarée. La mutuelle Partenamut propose une prime de 350€ pour les plus de 65 ans après visite d'un ergothérapeute, facilitant ces aménagements indispensables.
Exemple concret : Madame Lemaire, 79 ans au stade 4 d'Alzheimer, vit seule à Namur. Sa fille a installé des pastilles colorées rouges sur le bouton d'arrêt de la cuisinière et vertes sur celui de mise en marche du micro-ondes. Des photos de famille sont collées sur chaque porte avec le nom de la pièce écrit en grandes lettres. Grâce à ces repères visuels simples, Madame Lemaire continue de préparer ses repas simples en toute sécurité depuis 18 mois, avec le passage quotidien d'une infirmière pour la prise de médicaments.
L'infirmière à domicile joue un rôle central dans l'accompagnement, travaillant au sein d'une équipe pluridisciplinaire comprenant neurologue ou gériatre, assistant social, médecin généraliste, kinésithérapeutes, psychologue et aide-familiales. Elle administre les médicaments au bon moment, évitant confusions et oublis dangereux. Les soins corporels quotidiens, toilette et habillage, sont réalisés avec patience et respect du rythme de la personne. Pour découvrir comment les services de maintien à domicile spécialisés peuvent accompagner votre proche atteint d'Alzheimer, n'hésitez pas à vous renseigner sur les solutions personnalisées disponibles.
Depuis 2024, les aides-soignants intégrés aux équipes structurelles travaillent en coordination étroite avec les infirmiers (ils doivent avoir un numéro INAMI et s'enregistrer auprès des Communautés, avec des accords concrets pour les visites de contrôle, la délégation, le rapportage et la concertation patients). Cette collaboration permet une surveillance continue et une réactivité accrue face aux changements d'état.
Le Service Polyvalent d'Aide aux Familles (SPAF) propose des Gardes Alzheimer spécialisées intervenant jour, soirée et nuit. Équipées d'outils innovants comme la valisette communicationnelle et, depuis 2022, une tablette numérique utilisée au domicile pour compléter les activités traditionnelles (jeux de carte, lecture, promenade) avec 4 thèmes : le bien-être, les jeux, les créations et les habitudes de vie, elles maintiennent les capacités cognitives restantes. Le service Baluchon Alzheimer offre quant à lui 1000 journées de répit annuelles à près de 100 familles belges, permettant aux aidants de souffler tout en maintenant leur proche dans son environnement familier.
Conseil pratique : Pour bénéficier pleinement de ces services, entamez les démarches dès l'apparition des premiers symptômes. La constitution du dossier peut prendre plusieurs semaines, et anticiper permet d'éviter les situations de crise où les solutions d'urgence sont souvent moins adaptées et plus coûteuses.
Les centres d'accueil de jour représentent une solution intermédiaire précieuse. Ouverts généralement de 9h30 à 16h30, ils proposent des activités thérapeutiques structurées : gymnastique douce, ateliers mémoire, musique. L'admission peut être prononcée après une visite médicale auprès d'un médecin gériatre ou directement par la demande d'un médecin traitant, pour les personnes âgées de 60 ans et plus vivant à domicile. Cette prise en charge quelques jours par semaine maintient le lien social tout en offrant du répit aux aidants.
Partenamut intervient jusqu'à 980€ par an pour les séjours de convalescence ou de répit, avec un maximum de 35€ par jour. L'Allocation Personnalisée d'Autonomie (APA) finance également la téléassistance avec géolocalisation. L'ASBL Alzheimer Belgique propose des formations gratuites aux aidants proches, essentielles pour comprendre la maladie et adapter l'accompagnement.
Certains signaux d'alerte indiquent que le maintien à domicile atteint ses limites. Les fugues répétées, sachant que 70% des personnes ayant fugué une fois récidiveront, représentent un danger majeur. L'oubli répété du gaz allumé, l'ingestion de produits non comestibles, ou la déambulation nocturne avec chutes fréquentes constituent autant de risques vitaux.
Sur le plan médical, la nécessité d'une surveillance permanente impossible à assurer, même avec des services professionnels, marque souvent le point de bascule. Les troubles du comportement sévères - agressivité, hallucinations persistantes, agitation extrême - épuisent l'entourage et compromettent la sécurité de tous.
L'épuisement de l'aidant principal représente un critère humain essentiel. Avec 60% des aidants souffrant de fatigue chronique selon la Ligue Alzheimer Belgique, reconnaître ses limites devient un acte de responsabilité, non d'abandon.
Pour anticiper sereinement, tenir un journal quotidien des incidents permet d'objectiver la situation. Commencer les recherches d'établissement dès les premiers signes de difficulté évite les admissions dans l'urgence. Impliquer la personne malade dans les décisions, tant que ses capacités le permettent, préserve sa dignité et facilite l'acceptation future.
Choisir l'institutionnalisation n'est jamais un échec ou un abandon. C'est parfois la décision la plus aimante, garantissant sécurité, soins adaptés et qualité de vie pour la personne malade comme pour ses proches.
Face à ces défis complexes du maintien à domicile avec Alzheimer, l'accompagnement professionnel fait toute la différence. Infirmière Emmanuelle Turri, basée à Vitrival, apporte son expertise en psychiatrie et soins à domicile pour soutenir les familles à chaque étape de ce parcours exigeant. Disponible 24h/24 et 7j/7, elle propose des soins personnalisés respectueux du rythme et de la dignité de chaque patient, tout en offrant le soutien indispensable aux aidants. Pour les familles de la région de Vitrival confrontées à ces questionnements, son approche humaine et son expérience en santé mentale constituent des atouts précieux pour maintenir aussi longtemps que possible un proche atteint d'Alzheimer dans son environnement familier.